S’approcher de la Berlinale…

février 20, 2008

BERLINALE 2008 – AMBIANCE – Une journée à la Berlinale

février 19, 2008
Berlinale, 8e jour. Festivaliers organisés et matinaux, hommes d’affaires pressés, serveurs de restaurants, artistes en devenir et réalisateurs confirmés se croisent au rythme des séances et des passages de vedettes. Portrait d’une journée type au festival international de cinéma de Berlin.
Signe de ralliement : l‘ours rouge du festival
Il est à peine 9 heures, et c’est déjà l’effervescence près de la Potsdamer Platz. Comme d’habitude, quelques hommes d’affaires accélèrent le pas pour se rendre au bureau, mais ce n’est pas eux, qui, aujourd’hui encore, vont retenir l’attention des passants. Dans quelques minutes, les premiers films de cette journée de Berlinale vont être projetés dans les cinémas voisins.
Le froid matinal n’a pas découragé les afficionados, qui déjà font la queue devant le Cinemaxx. « Les portes ouvrent dans une heure, mais on veut être sûr d’avoir les dernières places pour Die Helden aus der Nachbarschaft, un film allemand qui se déroule dans mon quartier (Prenzlauer Berg, ndlr) » nous confie Kathia, 25 ans, un café à la main. D’autres font le pied de grue devant les Arcades, centre commercial où sont vendues trois jours à l’avance les places pour les séances. « J’aimerais avoir des places pour le film de Madonna samedi soir, j’ai pris ma pause exprès“, nous confie Benjamin, salarié de la Deutsche Bahn, dont le siège est à proximité. « On m’a dit que c’était complet, mais je tente quand même ma chance !“. Pas trop difficile de travailler au milieu de toute cette agitation ? « Certains de mes collèges sont un peu agacés, mais dans l’ensemble c’est assez amusant de voir tout cet emballement de là-haut, et puis on est au première loges pour voir les arrivées des stars ! » confie-t-il.
Une aubaine pour les restaurateurs
La matinée passent, et ils sont de plus en plus nombreux -public, journalistes, photographes, équipes de films- à rejoindre les cinémas. Les places sont également chères pour les pauses déjeuners. « Depuis le début du festival, le restaurant est toujours plein » nous explique une serveuse du Corroboree, restaurant situé face au Ciné Star. « Et surtout, les pourboires sont beaucoup plus importants ! »
A peine le temps de déguster une salade qu’il faut déjà repartir. La file d’attente pour le film East/West – Sex and Politics est impressionnante. Juste à côté, certains attendent pour la séance de Be like Other à 15h. En vain. Toutes les places ont été vendues deux jours plus tôt et il n’y a eu aucun retour. Ceux qui voulaient les dernières places sont découragés : « Je n’ai pas été mangé et suis resté ici depuis une heure pour obtenir une place ! Mais bon, je vais me rabattre sur Sag mir, wo die Schönen sind dans une heure. Il paraît que toutes les actrices sont là“ se console Brigitta, venue d’Hambourg pour l’occasion, et qui arbore fièrement un sac en bandoulière estampillée « Berlinale ».
Un festival intellectuel et populaire
« Je viens ici chaque année pour puiser l’inspiration » nous raconte Collin, un metteur-en-scène irlandais, en commandant un whisky au bar du Cinemaxx. « Il y a un côté intellectuel et populaire dans ce festival. Les films sont souvent très engagés. On y découvre plein de nouveaux talents, venus du monde entier. C’est devenu un rendez-vous incontournable pour la profession et pour tout les avant-gardistes. »
Ce soir, Happy-Go-Lucky, un film anglais, est en tête d’affiche au Berlinale Palast. Les actrices de Sag mir, wo die Schönen sind, effectivement présentes, sortent de la séance un brin émues. « C’est la première fois que nous voyons le film, c’était un grand moment ! ». A deux pas, la réalisatrice de Die Besucherin, Lola Randl angoisse un peu. Son film est présenté ce soir en Première au Cinémaxx. « On est toujours impatient d’observer les réactions du public“. Un public qui aura encore vécu une journée intense.
Vivien DEPAROIS, vendredi 15 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.
Video: Hystérie au tapis rouge – ambiance pure


BERLINALE 2008 – Caroline Elias, interprète dans l’ombre

février 19, 2008

Cachée au cinquième étage du palais du festival, Caroline Elias reste invisible mais pas inaudible pendant la projection des films. Rencontre avec cette interprète franco-allemande qui prête sa voix aux stars du grand écran

Caroline, un film, deux langues (Photo. Privat)

Jongler entre l’allemand et le français, voire l’anglais. Faire l’aller-retour entre le texte et l’image. Tout ça en direct. Dans ce milieu de l’interprétariat a priori voué à l’ombre d’une cabine en fond de salle, Caroline Elias se définit elle-même comme « exotique ».

Interprète pour ne plus avoir à faire la queue
La carrière de Caroline Elias commence par hasard, ou presque. « En 1994, lors d’un séminaire sur le cinéma français muet au cinéma Arsenal, j’entendais un groupe d’Allemands qui avaient du mal à déchiffrer les panneaux en français. Dans le noir, je leur ai alors proposé de faire la traduction. A la fin du film ils m’ont remercié et la gérante de salle m’a dit que mes services pourraient être utiles ». Quelques années plus tard, Caroline Elias devient interprète pour la Berlinale et, en rigolant, ne cache pas sa motivation première : « Ne plus avoir à faire la queue ».
Pour la 58e édition de la Berlinale, cette année, elle « dira » donc trois films de la compétition officielle, à quoi s’ajoutent des dizaines d’entretiens, des interviews avec la presse… Elle sera même l’interprète de Jeanne Moreau, présente à Berlin

Subir les extrêmes
Pour Caroline Elias, être interprète, c’est d’abord « faciliter la communication ». En effet, pour les membres du jury ou du public qui ne comprennent ni la langue originale du film, ni celle des sous-titres (anglais ou allemand), des interprètes sont présents en cabine pour les projections importantes. Interprète, c’est aussi, selon elle, « savoir subir les extrêmes ». « Il faut savoir rester isolée, coupée du monde comme dans une cellule pendant de très longues heures, puis ensuite pouvoir animer des débats sur une scène face à 800 personnes. C’est très difficile mais c’est ça que j’adore ». Ce goût pour la scène et la communication avec le public, Caroline Elias l’explique également par ses expériences précédentes en tant que journaliste ou sur les plateaux de tournage.

Pfuedi !
Pendant la Berlinale, Caroline Elias ne compte donc pas ses heures de travail. « La répartition des films n’a lieu que quelques jours avant la Berlinale. Cette année, par exemple, j’ai eu Kirschblüten-Hanami en allemand que je dois dire en français pendant la projection. Pour ce film-là j’ai réussi à avoir le script pour la post-synchronisation et je dois encore récupérer le DVD la veille. Mais ça reste un cas idéal et exceptionnel. Ensuite, il faut travailler le texte pour repérer les moments difficiles ou rapides ». Caroline Elias raconte ainsi une anecdote dans la lecture du scénario : « Je suis tombée sur « Pfuedi » qui, après recherche, vient de « Pfuedi Gott » ou « behüt’ dich Gott » en bavarois. C’est donc régional, culturel et très difficle à traduire et il faudra que je me contente d’un simple « salut ! » en français ».
Sébastien VANNIER, mercredi 13 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.

Caroline Elias tient un blog concernant l’interprétariat.


BERLINALE 2008 – Les précaires au service du glamour

février 19, 2008

Madonna, Mick Jagger, projectionnistes sous-payés, Isabella Rossellini, stagiaires exploités… Glamour et précarité font bon ménage pendant la Berlinale. La campagne « Mir reicht’s… nicht » dévoile la face précaire cachée du festival

Affiche de la Berlinale des précaires (source:www.mirreichts-nicht.org)

« Pauvre mais sexy », le fameux slogan initié en 2007 par le maire de Berlin Klaus Wowereit sonne en ces temps de Berlinale un peu faux. « Pauvre ou sexy » serait plus juste. D’abord les stars de cinéma, au porte-monnaie fier de quelques millions, traversent, sous une pluie de flashs, le tapis rouge. Puis, l’averse passée, c’est au tour des femmes de ménage de fouler la prestigieuse moquette -précédées de leur aspirateur. Sans elles, le fameux tapis perdrait vite de son éclat. Pourtant, elles ne touchent que quelques euros de l’heure. A peine de quoi vivre.
Les vendeurs de ticket, les vigiles mais aussi les projectionnistes et autres travailleurs indépendants du cinéma, sans oublier les innombrables stagiaires qui ne sauraient pas manquer au tableau et sans lesquels le festival n’aurait pas lieu, connaissent le même destin. De leur quotidien, partagé entre dure besogne peu voire pas du tout rémunérée et espoir d’un jour plus faste, on parle moins.
La campagne « Mir reicht’s… nicht! » ( « j’en ai -pas- marre ou Ca me suffit… pas » Ndlr) organisée par le collectif du même nom, ainsi que les organismes de gauche Euromayday Hamburg-Berlin et FelS (Für eine linke Strömung), se sont donnés pour mission d’offrir à tous les précaires du spectacle un peu du feu des projecteurs. Non sans humour.

Place aux vedettes du quotidien
C’est au Roter Salon de la Volksbühne qu’ils se sont rencontrés samedi dernier pour un « Gala des précaires ». Des hôtes en smoking distribuant des Glückskekse (petits gâteaux chinois dans lesquels sont cachés un message prédictionnel généralement très très optimiste), les présentateurs Jenny et Max du groupe FelS, affublés de capes et masques de super-héros, et un buffet copieusement garni de petits fours y ont accueilli, informé et nourri un public venu nombreux.
Lectures, films documentaires, témoignages d’indépendants du spectacle et interventions de militants européens -connexx.av, Intermittents du spectacle, Serpica Naro- y ont fourni autant de possibilités de prendre conscience du phénomène que de se mettre en réseau. La campagne a également pour but de s’organiser de façon effective contre des conditions de travail ressenties comme injustes mais d’autant plus acceptées : la roue continue de tourner.
Des actions ponctuelles devraient avoir lieu tout au long de la Berlinale (jusqu’au 17 février) pour attirer l’attention sur le sort des précaires. Les objectifs des reporters délaisseront-ils l’espace d’un instant les silhouettes glamoureuses de Madonna et ses copines pour autant ? A suivre…
Elise GRATON, mardi 12 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.

Pour en savoir plus :
Site des organisateurs :www.berlin.euromayday.org, www.fels-berlin.de

Autre article sur le sujet :
A la Berlinale, la précarité, ça n’est pas du cinéma