BERLINALE 2008 – Caroline Elias, interprète dans l’ombre

février 19, 2008

Cachée au cinquième étage du palais du festival, Caroline Elias reste invisible mais pas inaudible pendant la projection des films. Rencontre avec cette interprète franco-allemande qui prête sa voix aux stars du grand écran

Caroline, un film, deux langues (Photo. Privat)

Jongler entre l’allemand et le français, voire l’anglais. Faire l’aller-retour entre le texte et l’image. Tout ça en direct. Dans ce milieu de l’interprétariat a priori voué à l’ombre d’une cabine en fond de salle, Caroline Elias se définit elle-même comme « exotique ».

Interprète pour ne plus avoir à faire la queue
La carrière de Caroline Elias commence par hasard, ou presque. « En 1994, lors d’un séminaire sur le cinéma français muet au cinéma Arsenal, j’entendais un groupe d’Allemands qui avaient du mal à déchiffrer les panneaux en français. Dans le noir, je leur ai alors proposé de faire la traduction. A la fin du film ils m’ont remercié et la gérante de salle m’a dit que mes services pourraient être utiles ». Quelques années plus tard, Caroline Elias devient interprète pour la Berlinale et, en rigolant, ne cache pas sa motivation première : « Ne plus avoir à faire la queue ».
Pour la 58e édition de la Berlinale, cette année, elle « dira » donc trois films de la compétition officielle, à quoi s’ajoutent des dizaines d’entretiens, des interviews avec la presse… Elle sera même l’interprète de Jeanne Moreau, présente à Berlin

Subir les extrêmes
Pour Caroline Elias, être interprète, c’est d’abord « faciliter la communication ». En effet, pour les membres du jury ou du public qui ne comprennent ni la langue originale du film, ni celle des sous-titres (anglais ou allemand), des interprètes sont présents en cabine pour les projections importantes. Interprète, c’est aussi, selon elle, « savoir subir les extrêmes ». « Il faut savoir rester isolée, coupée du monde comme dans une cellule pendant de très longues heures, puis ensuite pouvoir animer des débats sur une scène face à 800 personnes. C’est très difficile mais c’est ça que j’adore ». Ce goût pour la scène et la communication avec le public, Caroline Elias l’explique également par ses expériences précédentes en tant que journaliste ou sur les plateaux de tournage.

Pfuedi !
Pendant la Berlinale, Caroline Elias ne compte donc pas ses heures de travail. « La répartition des films n’a lieu que quelques jours avant la Berlinale. Cette année, par exemple, j’ai eu Kirschblüten-Hanami en allemand que je dois dire en français pendant la projection. Pour ce film-là j’ai réussi à avoir le script pour la post-synchronisation et je dois encore récupérer le DVD la veille. Mais ça reste un cas idéal et exceptionnel. Ensuite, il faut travailler le texte pour repérer les moments difficiles ou rapides ». Caroline Elias raconte ainsi une anecdote dans la lecture du scénario : « Je suis tombée sur « Pfuedi » qui, après recherche, vient de « Pfuedi Gott » ou « behüt’ dich Gott » en bavarois. C’est donc régional, culturel et très difficle à traduire et il faudra que je me contente d’un simple « salut ! » en français ».
Sébastien VANNIER, mercredi 13 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.

Caroline Elias tient un blog concernant l’interprétariat.


BERLINALE 2008 – Les précaires au service du glamour

février 19, 2008

Madonna, Mick Jagger, projectionnistes sous-payés, Isabella Rossellini, stagiaires exploités… Glamour et précarité font bon ménage pendant la Berlinale. La campagne « Mir reicht’s… nicht » dévoile la face précaire cachée du festival

Affiche de la Berlinale des précaires (source:www.mirreichts-nicht.org)

« Pauvre mais sexy », le fameux slogan initié en 2007 par le maire de Berlin Klaus Wowereit sonne en ces temps de Berlinale un peu faux. « Pauvre ou sexy » serait plus juste. D’abord les stars de cinéma, au porte-monnaie fier de quelques millions, traversent, sous une pluie de flashs, le tapis rouge. Puis, l’averse passée, c’est au tour des femmes de ménage de fouler la prestigieuse moquette -précédées de leur aspirateur. Sans elles, le fameux tapis perdrait vite de son éclat. Pourtant, elles ne touchent que quelques euros de l’heure. A peine de quoi vivre.
Les vendeurs de ticket, les vigiles mais aussi les projectionnistes et autres travailleurs indépendants du cinéma, sans oublier les innombrables stagiaires qui ne sauraient pas manquer au tableau et sans lesquels le festival n’aurait pas lieu, connaissent le même destin. De leur quotidien, partagé entre dure besogne peu voire pas du tout rémunérée et espoir d’un jour plus faste, on parle moins.
La campagne « Mir reicht’s… nicht! » ( « j’en ai -pas- marre ou Ca me suffit… pas » Ndlr) organisée par le collectif du même nom, ainsi que les organismes de gauche Euromayday Hamburg-Berlin et FelS (Für eine linke Strömung), se sont donnés pour mission d’offrir à tous les précaires du spectacle un peu du feu des projecteurs. Non sans humour.

Place aux vedettes du quotidien
C’est au Roter Salon de la Volksbühne qu’ils se sont rencontrés samedi dernier pour un « Gala des précaires ». Des hôtes en smoking distribuant des Glückskekse (petits gâteaux chinois dans lesquels sont cachés un message prédictionnel généralement très très optimiste), les présentateurs Jenny et Max du groupe FelS, affublés de capes et masques de super-héros, et un buffet copieusement garni de petits fours y ont accueilli, informé et nourri un public venu nombreux.
Lectures, films documentaires, témoignages d’indépendants du spectacle et interventions de militants européens -connexx.av, Intermittents du spectacle, Serpica Naro- y ont fourni autant de possibilités de prendre conscience du phénomène que de se mettre en réseau. La campagne a également pour but de s’organiser de façon effective contre des conditions de travail ressenties comme injustes mais d’autant plus acceptées : la roue continue de tourner.
Des actions ponctuelles devraient avoir lieu tout au long de la Berlinale (jusqu’au 17 février) pour attirer l’attention sur le sort des précaires. Les objectifs des reporters délaisseront-ils l’espace d’un instant les silhouettes glamoureuses de Madonna et ses copines pour autant ? A suivre…
Elise GRATON, mardi 12 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.

Pour en savoir plus :
Site des organisateurs :www.berlin.euromayday.org, www.fels-berlin.de

Autre article sur le sujet :
A la Berlinale, la précarité, ça n’est pas du cinéma


BERLINALE 2008 – 10 jours de glamour au programme

février 18, 2008

La 58e Berlinale s’ouvre aujourd’hui avec la venue des Rolling Stones dans la capitale allemande. Une édition qui fera part belle à la musique, aux films documentaires et où les Français seront présents, dans le jury et en compétition

Berlin s’habille aux couleurs du festival (Photo. S. V.)

Des stars, des centaines de film, de la musique, des documentaires, la Berlinale s’apprête à faire passer des nuits blanches à la capitale allemande du 7 au 17 février. Au milieu de tout cela, trois films français en compétition et un jury à tendance francophile.
Musique et documentaires
Les Rolling Stones auront le privilège de fouler les premiers le tapis rouge du palais du festival pour la présentation du documentaire qui leur est consacré Shine a Light du réalisateur Martin Scorsese. Ce film est le symbole des deux grandes tendances de cette édition : musique et films documentaires.
Lors de la présentation des films en compétition en effet, le président du festival, Dieter Kosslick, n’a pas manqué de faire remarquer la présence inhabituelle d’un documentaire, en l’occurrence Standard Operating Procedure de l’américain Erol Morris. L’aspect musical de la 58e Berlinale sera, lui, mis de nouveau en exergue avec la venue à Berlin d’une autre star de la chanson, Madonna. C’est donc une véritable ribambelle de vedettes, de Scarlett Johansson à Nathalie Portman, en passant par l’idole de Bollywood Shah Ruhk Khan, et peut-être Julia Roberts, qui défileront à Berlin.

Trois chances françaises
Parmi les 21 films en compétition, trois réalisateurs français vont concourir pour l’Ours d’Or. Ainsi, Robert Guédiguian (Marius et Jeanette, Le Promeneur du Champ-de-Mars) retrouve ses acteurs favoris Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin pour présenter son dernier opus Lady Jane.
Quant à Erick Zonca, dont La Vie rêvée des Anges avait remporté un véritable succès couronné par un César du meilleur film, il sera à Berlin pour Julia avec Tilda Swinton. Enfin, la dernière chance française viendra de l’écrivain Philippe Claudel qui, après avoir été auteur et scénariste de Les âmes grises, réalise Il y a longtemps que je t’aime… où il réunit Kristin Scott-Thomas et Elsa Zylberstein. Tous trois auront fort à faire pour tenter de succéder à Le Mariage de Tuya du cinéaste chinois Wang Quan an.

Un jury francophile
Mais pour ces trois réalisateurs, la composition du jury paraîtra peut-être de bon augure. Celle-ci avait déjà bien commencé avec la nomination du réalisateur franco-grec Costa-Gavras en tant que président du jury. Dieter Kosslick a salué en lui, « un réalisateur de films engagés et ambitieux. Rien que de dire qu’il est le président de la Cinémathèque française impose le respect ». Costa-Gavras pourra sans problème s’entretenir en français avec l’actrice allemande Diane Kruger, qui a fait ses classes au cours Florent et a été mariée à l’acteur français Guillaume Canet.
L’actrice française Sandrine Bonnaire, qui viendra également à Berlin pour présenter son documentaire Elle s’appelle Sabine, aurait cependant renoncé à participer au jury à la dernière minute, selon nos informations.
Sébastien VANNIER, jeudi 7 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.

Lire aussi : Les Stones et Scorsese donnent un frisson rock à la Berlinale (Le Monde)
Les Stones enflamment la 58e Berlinale (France 3 )


BERLINALE 2008 – Costa-Gavras, Monsieur le Président

février 4, 2008

La 58e édition de la Berlinale s’ouvre le 7 février et c’est le réalisateur franco-grec Costa-Gavras qui aura l’honneur de présider le jury du festival. Portrait de ce cinéaste engagé dont la dernière apparition à Berlin, avec Amen, avait fait débat

Costa-Gavras, de son vrai nom Konstantinos Gavras, est déjà un habitué du festival du film de Berlin. Il y avait gagné l’Ours d’or en 1989 pour Music Box et son film Amen y avait fait sensation il y a six ans. Mais la carrière du réalisateur a compté bien d’autres succès.

Un Z qui veut dire succès
Né en Grèce en 1933 (il fêtera son anniversaire pendant la Berlinale, le 13 février), Costa-Gavras fait son apprentissage cinématographique en France où il arrive en 1951. Il est notamment l’assistant d’Henri Verneuil (Un singe en hiver) et se lie d’amitié avec Simone Signoret et Yves Montand. Il lance sa carrière avec Compartiments tueurs en 1965 et deux ans plus tard, il se penche une première fois sur l’occupation nazie en France pour Un homme de trop. C’est Z, réalisé en 1969, qui va faire sa renommée. Réalisé et produit dans des conditions difficiles, ce film sur la dictature des colonels en Grèce, va connaître un succès international et Costa-Gavras remporte grâce à lui le prix du jury à Cannes ainsi que deux Oscars.

Un réalisateur engagé
Z annonce ainsi une série de films qui, dans la même veine, vont être très engagés politiquement. L’Aveu, où il traite des purges staliniennes en Tchécoslovaquie ou Etat de siège sur les ingérences de la CIA dans le Tiers-Monde en sont l’exemple. Le thriller politique Porté disparu (Missing) sur la disparition d’un jeune journaliste américain pendant le coup d’Etat d’Augusto Pinochet en 1973, apportera même à Costa-Gavras une Palme d’or ainsi qu’un nouvel Oscar. Huit ans plus tard, en 1990, c’est donc à Berlin que le cinéaste triomphe avec le film Music Box où il raconte une enquête sur les crimes de guerre d’un tortionnaire nazi.

La controverse Amen
Même thème, même lieu avec la présentation, pendant la Berlinale 2002, de Amen dénonçant l’attentisme de l’Eglise catholique devant les crimes nazis. Le sujet, hautement délicat, et l’affiche, où s’entremêlent le svastika (symbole réutilisé par les nazis pour la croix gammée) et la croix chrétienne, avaient provoqué le débat en Allemagne, mais aussi en France. Costa-Gavras, qui a montré son engagement pour le cinéma en acceptant récemment de reprendre le poste de président de la Cinémathèque française, arrive donc en terrain connu à Berlin. Dès sa mission de président du jury accomplie, il retournera derrière la caméra pour le tournage de Eden is West, pour lequel il fera son grand retour en Grèce.
Sébastien VANNIER. Source:http://www.lepetitjournal.com/berlin.html