BERLINALE 2008 – Les précaires au service du glamour

février 19, 2008

Madonna, Mick Jagger, projectionnistes sous-payés, Isabella Rossellini, stagiaires exploités… Glamour et précarité font bon ménage pendant la Berlinale. La campagne « Mir reicht’s… nicht » dévoile la face précaire cachée du festival

Affiche de la Berlinale des précaires (source:www.mirreichts-nicht.org)

« Pauvre mais sexy », le fameux slogan initié en 2007 par le maire de Berlin Klaus Wowereit sonne en ces temps de Berlinale un peu faux. « Pauvre ou sexy » serait plus juste. D’abord les stars de cinéma, au porte-monnaie fier de quelques millions, traversent, sous une pluie de flashs, le tapis rouge. Puis, l’averse passée, c’est au tour des femmes de ménage de fouler la prestigieuse moquette -précédées de leur aspirateur. Sans elles, le fameux tapis perdrait vite de son éclat. Pourtant, elles ne touchent que quelques euros de l’heure. A peine de quoi vivre.
Les vendeurs de ticket, les vigiles mais aussi les projectionnistes et autres travailleurs indépendants du cinéma, sans oublier les innombrables stagiaires qui ne sauraient pas manquer au tableau et sans lesquels le festival n’aurait pas lieu, connaissent le même destin. De leur quotidien, partagé entre dure besogne peu voire pas du tout rémunérée et espoir d’un jour plus faste, on parle moins.
La campagne « Mir reicht’s… nicht! » ( « j’en ai -pas- marre ou Ca me suffit… pas » Ndlr) organisée par le collectif du même nom, ainsi que les organismes de gauche Euromayday Hamburg-Berlin et FelS (Für eine linke Strömung), se sont donnés pour mission d’offrir à tous les précaires du spectacle un peu du feu des projecteurs. Non sans humour.

Place aux vedettes du quotidien
C’est au Roter Salon de la Volksbühne qu’ils se sont rencontrés samedi dernier pour un « Gala des précaires ». Des hôtes en smoking distribuant des Glückskekse (petits gâteaux chinois dans lesquels sont cachés un message prédictionnel généralement très très optimiste), les présentateurs Jenny et Max du groupe FelS, affublés de capes et masques de super-héros, et un buffet copieusement garni de petits fours y ont accueilli, informé et nourri un public venu nombreux.
Lectures, films documentaires, témoignages d’indépendants du spectacle et interventions de militants européens -connexx.av, Intermittents du spectacle, Serpica Naro- y ont fourni autant de possibilités de prendre conscience du phénomène que de se mettre en réseau. La campagne a également pour but de s’organiser de façon effective contre des conditions de travail ressenties comme injustes mais d’autant plus acceptées : la roue continue de tourner.
Des actions ponctuelles devraient avoir lieu tout au long de la Berlinale (jusqu’au 17 février) pour attirer l’attention sur le sort des précaires. Les objectifs des reporters délaisseront-ils l’espace d’un instant les silhouettes glamoureuses de Madonna et ses copines pour autant ? A suivre…
Elise GRATON, mardi 12 février 2008 pour Le Petit Journal de Berlin. Cliquer ici pour voir la source.

Pour en savoir plus :
Site des organisateurs :www.berlin.euromayday.org, www.fels-berlin.de

Autre article sur le sujet :
A la Berlinale, la précarité, ça n’est pas du cinéma

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